Pourquoi les moustiques vous piquent plus : la science explique tout

Temps de lecture : 6 min

Points clés à retenir

  • CO2 : les moustiques détectent le dioxyde de carbone que vous expirez jusqu’à 50 mètres, ce qui les attire en priorité
  • Odeur corporelle : les acides et composés volatils de votre peau varient selon vos gènes et votre métabolisme
  • Groupe sanguin O : les personnes de ce groupe sont statistiquement plus ciblées, surtout combiné à une production élevée de CO2

Le CO2 : votre carte de visite olfactive

Sur le terrain, on constate que les moustiques femelles, seules à piquer pour nourrir leurs œufs, ne se déplacent pas au hasard. Depuis les années 1950-1960, les chercheurs savent que le dioxyde de carbone que vous expirez est leur principal phare. Les moustiques le détectent à près de 50 mètres, et c’est comme si vous leur envoyiez un signal d’invitation.

Pour être précis, ce n’est pas le CO2 seul qui les fait foncer sur vous : c’est la combinaison de ce gaz avec votre chaleur corporelle et votre odeur. Plus vous respirez fort – après un jogging par exemple – plus vous en rejetez, et plus vous devenez une cible de choix. Les femmes enceintes, par exemple, produisent davantage de CO2 en raison des changements métaboliques liés à la grossesse.

Mon conseil : si vous êtes souvent piqué, essayez de limiter les activités intenses en plein air aux heures crépusculaires, quand les moustiques sont les plus actifs. Et ne vous fiez pas uniquement aux bougies à la citronnelle : elles ne masquent pas le CO2.

L’odeur corporelle : votre signature génétique

Dans la pratique quotidienne, je vois souvent des patients frustrés : « Docteur, pourquoi moi ? » La réponse tient en partie à nos gènes. Chaque personne a une odeur corporelle unique, déterminée par des dizaines de composés volatils (acides lactiques, ammoniac, acides gras). Les moustiques femelles sont attirées par certains mélanges plus que par d’autres.

C’est une question qu’on me pose souvent : est-ce que l’alimentation change l’odeur ? Oui, partiellement. La consommation d’ail, par exemple, peut modifier légèrement votre odeur cutanée, mais l’effet reste marginal comparé à votre patrimoine génétique. Les chercheurs pensent que des gènes spécifiques, liés à la production de sécrétions cutanées, expliquent en grande partie pourquoi certains membres d’une même famille sont plus piqués.

Petite astuce de labo : en salle de TP, quand nous analysions des échantillons de sueur, nous remarquions que les échantillons contenant plus d’acide lactique attiraient davantage les moustiques (lors des tests en laboratoire). Les sportifs transpirent plus, mais ce n’est pas juste la sueur : c’est la composition chimique qui compte.

Le groupe sanguin O : une préférence bien réelle

Une étude japonaise a montré que les personnes de groupe sanguin O attirent statistiquement plus les moustiques que les autres. Pour être précis, les moustiques sont attirés par les antigènes présents à la surface de la peau, qui diffèrent selon votre groupe. Le groupe O serait le plus « appétissant » pour eux, suivi du groupe A.

Attention à ne pas surinterpréter ces résultats : l’effet du groupe sanguin est faible comparé à celui du CO2 ou de l’odeur globale, mais dans certaines expériences, les personnes du groupe O étaient effectivement piquées deux fois plus souvent.

Je me souviens d’une collègue biologiste qui, dans notre laboratoire, disait en plaisantant « c’est à cause de mon sang O+ que je me fais dévorer ! » – et bien, elle avait raison sur le plan statistique, même si ce n’était pas la seule explication.

Femmes enceintes : pic d’attractivité

Les femmes enceintes sont une cible de choix. Les études cliniques montrent qu’elles attirent jusqu’à deux fois plus de moustiques que les femmes non enceintes. Cette augmentation s’explique par les changements métaboliques liés à la grossesse : température corporelle légèrement plus élevée, volume respiratoire augmenté (donc plus de CO2), et modifications hormonales qui altèrent l’odeur cutanée.

C’est un point que j’aborde souvent lors de mes formations pour les BTS bioanalyses : les vecteurs de maladies comme le moustique tigre (Aedes albopictus) peuvent transmettre des virus (dengue, chikungunya) à des patientes à risque. Sur le terrain, on constate que les futures mamans qui vivent dans des zones infestées doivent redoubler de vigilance : vêtements longs, répulsifs adaptés et moustiquaires.

Mon conseil : si vous attendez un enfant, évitez de sortir aux heures d’activité maximale des moustiques (aube et crépuscule) et utilisez des répulsifs contenant du DEET ou de l’icaridine, sous avis médical bien sûr.

Les autres facteurs qui influencent l’attraction

Outre le CO2, l’odeur corporelle et le groupe sanguin, plusieurs éléments supplémentaires jouent un rôle :

  • La température corporelle : les moustiques sont attirés par la chaleur. Une personne qui fait de la fièvre ou qui transpire davantage sera plus repérée.
  • La consommation d’alcool : une étude a montré que l’alcool augmente temporairement votre attractivité, peut-être en élevant la température cutanée et en modifiant les composés volatils.
  • Les couleurs foncées : les moustiques sont attirés par le noir, le bleu foncé, le rouge. Portez des vêtements clairs si vous voulez limiter les incursions.

Petite astuce de labo : en salle de manipulation, quand on travaillait sur des tests comportementaux, les moustiques se dirigeaient systématiquement vers les surfaces noires. Donc, en été, évitez les t-shirts noirs si vous êtes dans une zone humide.

Comment se protéger efficacement ?

Dans la pratique quotidienne, voici mes recommandations pour éloigner les moustiques :

  • Répulsifs cutanés : privilégiez ceux à base de DEET (20-30%), d’icaridine ou de citriodiol (PMD). Les huiles essentielles (citronnelle, eucalyptus) ont une efficacité limitée (30 minutes à 2 heures).
  • Moustiquaires : traitées aux pyréthrinoïdes, elles offrent une protection mécanique et chimique.
  • Vêtements longs : en tissu épais, de couleur claire, imprégnés de perméthrine si vous êtes en zone à risque.
  • Ventilateurs : les moustiques volent mal, un simple ventilateur peut réduire leur approche.

Attention à ne pas mélanger plusieurs répulsifs : cela peut irriter la peau sans améliorer l’efficacité. Et surtout, ne croyez pas aux appareils à ultrasons : des essais en laboratoire ont montré qu’ils ne fonctionnent pas.

Un mot sur les mythes

Les idées reçues sont tenaces. Non, les moustiques ne sont pas attirés par le sucre dans le sang des diabétiques (votre peau n’en est pas imprégnée). Non, la vitamine B1 (thiamine) n’a aucun effet protecteur prouvé. Oui, l’odeur de vos vêtements joue un rôle, mais ce n’est pas le seul facteur.

Pour être précis, les recherches récentes montrent que l’interaction entre vos gènes et votre microbiome cutané (les bactéries de votre peau) crée une signature unique. Les moustiques sont attirés par certaines combinaisons de bactéries. Donc, vous pouvez influencer légèrement votre attractivité en changeant votre alimentation ou votre hygiène, mais la composante génétique restera dominante.

Sur le terrain, on constate que la meilleure défense reste la prévention combinée : répulsif + moustiquaire + vêtements adaptés. Ne laissez pas les moustiques gâcher vos soirées d’été – et rappelez-vous que si vous êtes souvent piqué, ce n’est pas votre faute, c’est une question de chimie corporelle.

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