
Hantavirus : mission scientifique à Ushuaïa pour trouver l’origine
Temps de lecture : 7 min
Points clés à retenir
- Rongeurs vecteurs : la mission scientifique argentine recherche des spécimens contaminés par l’hantavirus des Andes à Ushuaïa.
- Foyer de croisière : huit cas confirmés dans le monde, dont une Française toujours en réanimation, liés au navire MV Hondius.
- Biosécurité renforcée : le laboratoire de l’Institut Malbran utilise des EPI de classe 4 et des protocoles stricts pour manipuler les prélèvements.
Un foyer d’hantavirus au cœur d’une croisière
Je suis désolée de commencer par une mauvaise nouvelle, mais en tant que biologiste, je préfère être transparente. La semaine dernière, le foyer d’hantavirus des Andes déclaré à bord du MV Hondius, un navire de croisière parti d’Ushuaïa, a secoué la communauté scientifique. Sur le terrain, on constate que ce type d’alerte est rare en Europe. Huit cas ont été confirmés à travers le monde, dont une Française toujours en réanimation, et 26 cas contacts français sont en surveillance. Une mission scientifique argentine, menée par l’Institut Malbran de Buenos Aires, se rendra la semaine prochaine à Ushuaïa pour tenter de retrouver les rongeurs porteurs du virus.
Pour être précis, l’hantavirus des Andes (ANDV) est particulièrement dangereux : sa mortalité avoisine les 30 à 40% sans prise en charge rapide. Il se transmet par inhalation d’aérosols issus de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés. Dans la pratique quotidienne de laboratoire, on manipule ce virus uniquement sous confinement de niveau de sécurité biologique 4 (BSL-4).
Pourquoi Ushuaïa est-elle la zone clé ?
Ushuaïa, porte de la Terre de Feu, est un environnement unique. La mission scientifique va prélever des rongeurs sauvages et analyser leur matériel génétique pour retrouver le variant exact du virus. C’est une question qu’on me pose souvent : comment fait-on pour relier un cas humain à un rongeur ? On utilise le séquençage complet du génome. En comparant l’ARN viral des patients avec celui des rongeurs capturés, on peut tracer la chaîne de contamination. Mon conseil : dès qu’un foyer apparaît, il faut agir vite car le réservoir animal peut se déplacer.
Petite astuce de labo : les pièges de type Sherman sont privilégiés pour capturer les rongeurs vivants sans les blesser, ce qui limite la production d’aérosols contaminés. Une fois capturés, ils sont euthanasiés sous hotte aspirante et leurs organes sont prélevés dans une enceinte de sécurité. Attention à ne pas sous-estimer le risque : même un rongeur mort peut excréter du virus pendant plusieurs heures.
Biosécurité et transport des échantillons
Le transport des prélèvements depuis Ushuaïa jusqu’à Buenos Aires obéit à des normes strictes. Chaque tube doit être placé dans un récipient étanche, lui-même emballé dans un conteneur certifié UN 3373 (catégorie B). Si le virus est confirmé, le niveau passe en UN 2814 (catégorie A). Sur le terrain, on constate que la chaîne du froid est cruciale : les échantillons doivent être congelés à -80°C ou placés dans de l’azote liquide.
Dans la pratique quotidienne, je sais que ce genre de mission mobilise des moyens considérables. L’Institut Malbran a déployé une équipe de virologues, d’épidémiologistes et de techniciens de laboratoire. Ils utiliseront la réaction de polymérisation en chaîne (PCR) en temps réel pour détecter l’ARN viral, ce qui donne des résultats en quelques heures. Mais il faut aussi prévoir des tests sérologiques pour détecter les anticorps IgG et IgM, qui indiquent une infection ancienne ou récente.
La France en état d’alerte
Les autorités sanitaires françaises ont mis en place une surveillance renforcée des cas contacts. Une Française de 45 ans, passagère du Hondius, est toujours hospitalisée en réanimation à Brest. Les 26 autres contacts français ne présentent aucun symptôme pour le moment, mais leur sérum est analysé chaque semaine. C’est une question qu’on me pose souvent : combien de temps dure l’incubation ? Pour l’hantavirus des Andes, elle varie de 2 à 6 semaines. La période de confinement des cas suspects dure donc 42 jours maximum.
Sur le plan du diagnostic, le premier signe biologique est souvent une thrombopénie (baisse des plaquettes) associée à une augmentation des transaminases. Au laboratoire, on surveille aussi la protéine C réactive (CRP) et le fibrinogène. Petite astuce de labo : ne vous fiez pas uniquement aux symptômes respiratoires. La forme grave, appelée syndrome pulmonaire à hantavirus, peut débuter par une simple fièvre et des myalgies. La PCR sur sang total est l’examen de choix pour confirmer l’infection.
Prévention et conduite à tenir
Pour les laboratoires qui pourraient être amenés à manipuler des échantillons suspects, voici quelques recommandations tirées de mon expérience :
- Inactiver le virus avant toute manipulation : utilisez un ratio 1:1 de sang avec un tampon de lyse contenant du thiocyanate de guanidinium. En 10 minutes à température ambiante, le virus est inactive.
- Centre les tubes ouvert sous hotte de sécurité microbiologique de classe II, portez une double paire de gants, une blouse à manches longues et des lunettes de protection.
- Former votre personnel au plan d’urgence en cas de projection ou d’aérosol.
- Identifier chaque tube avec un code-barres unique et un avertissement “risque biologique classe 4 présumé”.
Mon conseil : n’attendez pas la confirmation officielle pour prendre ces précautions. J’ai vu trop de techniciens négliger les EPI parce que “c’est juste une prise de sang”. L’hantavirus ne pardonne pas.
Conclusion
La mission à Ushuaïa est une course contre la montre. Plus vite les scientifiques identifieront l’espèce de rongeur réservoir, plus vite les autorités pourront limiter la propagation. En tant que biologiste, je suis admirative du travail de l’Institut Malbran et de la coordination internationale mise en place. Restons vigilants, mais sans panique : la France dispose de laboratoires BSL-4 compétents et de protocoles solides. Si vous êtes amené à traiter des échantillons provenant de zones à risque, appliquez les règles de biosécurité à la lettre. C’est notre devoir éthique envers les patients et envers vous-même.

Pharmacienne biologiste & Rédactrice scientifique
Pharmacienne biologiste diplômée depuis 15 ans, j’ai exercé en laboratoire d’analyses médicales privé avant de me tourner vers la rédaction scientifique et la formation professionnelle. Spécialisée dans la vulgarisation des pratiques de laboratoire, j’accompagne aujourd’hui les professionnels de santé et les étudiants à travers des contenus clairs et documentés.
Expertises : Biologie médicale • Biotechnologies • Matériel de laboratoire • Réglementation ISO • Formation continue


