
Pressions des labos sur la HAS : le Pr Collet va-t-il nommer les coupables ?
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Points clés à retenir
- Ingérence des laboratoires : Des firmes pharmaceutiques tentent d’influencer les décisions de la Haute Autorité de Santé, allant jusqu’à instrumenter des associations de patients et des professionnels de santé.
- Menace de transparence : Le Pr Lionel Collet, exaspéré, affirme qu’il pourrait divulguer les noms des laboratoires incriminés si les pressions persistent, une première dans l’histoire de l’institution.
- Répercussions pour les biologistes : Cette guerre d’influence impacte directement la prescription et le remboursement des examens, mettant les laboratoires de biologie médicale en première ligne.
Des pressions qui mettent en danger l’indépendance de l’expertise sanitaire
Sur le terrain, on constate que l’affaire est grave. Le Pr Lionel Collet, président de la Haute Autorité de santé (HAS), a décidé de hausser le ton. Dans une tribune publiée dans Les Echos puis reprise par l’Express, il dénonce les pressions répétées exercées par des laboratoires pharmaceutiques. Pour être précis, il ne s’agit pas d’une banale tension administrative, mais d’une tentative d’instrumentalisation de décisions qui touchent au remboursement des médicaments et des actes de biologie.
« Si les pressions des laboratoires ne cessent pas, nous donnerons des noms », a-t-il prévenu. Une phrase qui a fait l’effet d’une bombe. C’est une question qu’on me pose souvent dans les formations : « Mais est-ce que les labos ont vraiment un poids sur les guidelines ? » La réponse, malheureusement, est oui. Mon conseil : ne prenez jamais pour argent comptant une recommandation qui semble trop favorable à un fournisseur de réactifs ou à un fabricant de dispositifs médicaux.
Comment les laboratoires contournent les règles ?
Selon le Pr Collet, les firmes utilisent des relais. Associations de patients, sociétés savantes, voire certains journalistes trop peu regardants seraient instrumentalisés. Attention à ce Risque de conflit d’intérêts déguisé. Dans la pratique quotidienne de notre métier de biologiste, on se retrouve parfois à devoir expliquer pourquoi tel dosage a été déremboursé ou pourquoi tel nouveau marqueur n’est pas remboursable. Parfois, les décisions de la HAS sont contestées par des arguments qui semblent « scientifiques », mais qui viennent en réalité de lobbying intense.
Petite astuce de labo : quand vous lisez un article promouvant un nouveau test, vérifiez toujours les affiliations des auteurs et les sources de financement. C’est un réflexe que j’ai acquis après des années à voir des études financées par des industriels – même si elles ne contiennent pas de données fausses, leur angle peut être biaisé.
Un collègue me racontait récemment avoir reçu la visite d’un délégué médical qui a proposé un « partenariat » pour un nouveau test de dépistage. En échange d’un volume d’analyses promis, le laboratoire fournirait gracieusement du matériel pour un essai clinique. Ça semble anodin, mais c’est exactement ce type de pratiques que la HAS veut débusquer.
Le biologiste médical, acteur clé de la régulation
Pour être précis, la HAS rend des avis sur le service médical rendu (SMR) des examens de biologie et des médicaments. Quand un laboratoire pharmaceutique fait pression pour que son produit soit jugé « majeur », cela influence directement nos prescriptions. C’est une question qu’on me pose souvent en formation BTS : « Est-ce que les firmes peuvent vraiment forcer la main ? » La réponse est nuancée : non, elles ne passent pas en force, mais elles usent de stratagèmes juridiques et médiatiques.
Le Pr Collet dénonce l’instrumentalisation des médias : des articles publiés sans vérifier si leurs sources ont des liens d’intérêt. Dans la pratique quotidienne, on sait qu’un article bien référencé peut suffire à convaincre un médecin prescripteur d’utiliser un test coûteux, même si sa valeur ajoutée est marginale.
Ce que cette affaire révèle du système de santé
Au-delà du clash médiatique, cette affaire met en lumière un problème structurel : la porosité entre l’industrie et l’évaluation publique. Mon conseil : en tant que biologistes, nous devons être les garants de la scientificité des examens que nous proposons. Cela implique de refuser les offres de réactifs « trop belles pour être vraies » (souvent assorties d’une clause d’exclusivité qui nous lie les mains) et de signaler aux autorités toute tentative de pression.
Attention à ne pas tomber dans la paranoïa : il existe des collaborations légitimes. Mais le seuil est franchi quand une firme tente de contourner l’évaluation transparente de la HAS. La menace de Collet est claire : si ça continue, les noms des labos impliqués seront divulgués. Cela pourrait avoir un effet dissuasif, mais il faut aussi que les professionnels de santé soient formés à détecter ces stratégies.
Petite astuce de labo pour les jeunes techniciens : si vous voyez un nouveau test arriver avec un « pack promotionnel » qui ne dit pas son nom, parlez-en à votre pharmacien biologiste. Ensemble, vous pouvez vérifier si le test a reçu un avis favorable de la HAS avant de l’acheter.
Quel avenir pour l’évaluation sanitaire en France ?
L’épisode actuel est un test pour l’indépendance de la HAS. Si le Pr Collet donne des noms, cela créera un précédent. Dans la pratique quotidienne de nos laboratoires, cela pourrait signifier moins de tests « gadgets » et plus de transparence sur les critères de remboursement. C’est une question qu’on me pose souvent : « Est-ce que nos salaires vont encore baisser avec ces pressions ? » Je ne le pense pas, car la HAS agit pour maintenir une évaluation rigoureuse, ce qui protège à long terme le système social.
Sur le terrain, on constate que les tensions sont réelles, mais qu’elles sont aussi une occasion de rappeler l’importance de la déontologie. Mon conseil : comme dans tout domaine scientifique, gardez un œil critique. Si une Association de patients ou un confrère recommande un test avec trop d’insistance, cherchez qui se cache derrière.
En attendant, le Pr Collet tient le micro. Et si les pressions ne cessent pas, les noms tomberont. En tant que professionnels, nous devons soutenir ce appel à la transparence.

Pharmacienne biologiste & Rédactrice scientifique
Pharmacienne biologiste diplômée depuis 15 ans, j’ai exercé en laboratoire d’analyses médicales privé avant de me tourner vers la rédaction scientifique et la formation professionnelle. Spécialisée dans la vulgarisation des pratiques de laboratoire, j’accompagne aujourd’hui les professionnels de santé et les étudiants à travers des contenus clairs et documentés.
Expertises : Biologie médicale • Biotechnologies • Matériel de laboratoire • Réglementation ISO • Formation continue


