Olivier Hamant contre la performance : la robustesse à l’hôpital

Temps de lecture : 8 min

Points clés à retenir

  • Robustesse contre performance : Olivier Hamant propose un modèle où la robustesse — capacité à s’adapter aux fluctuations — remplace l’obsession de l’efficience à tout prix.
  • Application dans les labos : En biologie médicale, cette approche peut réduire les erreurs et améliorer la résilience des processus, notamment face aux imprévus.
  • Nouvelles normes : Les recommandations ISO 17025 et les bonnes pratiques encouragent déjà une logique de robustesse, encore trop souvent ignorée au profit de la productivité.

D’où vient cette idée de robustesse ?

Sur le terrain, on constate que la plupart des laboratoires fonctionnent encore selon un modèle de performance pure : on veut toujours plus d’analyses en moins de temps, avec des coûts minimaux. Mais attention : cette course à l’efficience a ses limites. Le biologiste Olivier Hamant, basé à Lyon, défend une vision radicalement différente. S’inspirant du vivant — des plantes, des écosystèmes — il suggère que nous devrions privilégier la robustesse, c’est-à-dire la capacité à rester fiable même quand tout vacille, plutôt que la recherche frénétique de la performance.

Cette critique de la performance peut sembler iconoclaste, surtout dans un milieu comme le nôtre, où les cadences et les rendements sont rois. Pourtant, j’ai vu de mes yeux, dans mon ancien laboratoire, comment un système trop “performant” sur le papier peut s’effondrer dès qu’un petit grain de sable se glisse dans la machine. Mon conseil : lisez les travaux d’Olivier Hamant. Il ne parle pas de nouvelles technologies coûteuses, mais de réfléchir nos organisations en salles de paillasse, de stockage et de validation. C’est une question qu’on me pose souvent en formation : “Comment on fait face à l’incertitude du matériel réactif ?” La réponse se trouve peut-être dans cette réorientation vers la robustesse.

Robustesse vs performance : une fausse opposition ?

Il ne s’agit pas de tout jeter par-dessus bord. La performance a sa place : dans un protocole validé, une norme précise, un rendement attendu. Mais Olivier Hamant nous rappelle que la nature ne fonctionne pas comme une machine parfaite. Les plantes survivent aux sécheresses, aux attaques, non grâce à une ingénierie infaillible, mais parce qu’elles intègrent l’incertitude et les fluctuations. “Il faut faire chanter les incohérences”, dit-il. Autrement dit, au lieu de lutter contre les aléas, on peut les intégrer dans nos processus.

Dans la pratique quotidienne de la biologie médicale, cela se traduit par des systèmes de contrôle qualité qui tolèrent de petits écarts, par des doublons de réactifs, par une formation des techniciens qui ne se limite pas au parcours “parfait” mais prépare à toutes les situations d’urgence. Croyez-moi, j’ai géré une équipe de six techniciens pendant dix ans : les jours où tout se déroule sans accroc (rarement) ne sont pas un test de sa compétence. Ce sont les coups durs qui révèlent la véritable robustesse d’un labo.

Petite astuce de labo : la règle des trois réserves

Je vous partage une pratique que j’ai mise en place après avoir lu les travaux de cet auteur : la “règle des trois réserves”. Pour chaque réactif critique, nous conservons trois sources d’approvisionnement alternatives. Certes, cela coûte un peu plus cher en gestion de stocks, mais c’est une application concrète de la robustesse. Quand est arrivée la crise du transport maritime en 2024, notre labo n’a pas été paralysé, alors que les voisins couraient après les colis. C’est exactement ça, la robustesse : accepter une “contre-performance” apparente en temps normal (coût plus élevé, rotation plus lente) pour assurer la continuité en période de tension.

Attention à ne pas confondre robustesse et improvisation. Il s’agit d’une véritable stratégie organisationnelle. Olivier Hamant le précise : la robustesse se construit sur des contre-performances. Cela ne signifie pas bricoler, mais plutôt intégrer des redondances et des marges de manœuvre dans nos protocoles. Dans nos normes ISO 17025, la notion de robustesse est d’ailleurs présente dans l’obligation de valider des méthodes capables de rester fiables malgré de faibles variations. Mais combien de labos se contentent de cocher des cases sans comprendre l’esprit derrière les procédures ?

Qu’en est-il de l’efficience dans les hôpitaux ?

Si vous travaillez à l’hôpital, vous connaissez la pression des temps d’attente et des budgets serrés. On pourrait croire que la robustesse est un luxe pour institutions confortables. C’est une erreur. J’ai vu des petits labs départementaux, avec peu de moyens, être bien plus robustes que des plateaux techniques hyper performants. Comment ? En cultivant une équipe polyvalente, en maintenant des stockages de secours, et en privilégiant des relations humaines solides. Olivier Hamant aurait sans doute souri : une plante malade n’est pas un échec, c’est un apprentissage pour le système entier.

Je me souviens d’une période où le système de gestion des résultats de notre labo est tombé en panne un vendredi soir. L’urgence était totale. Les techniciens, formés aux procédures manuelles (une “contre-performance” que nous maintenions chèrement), ont pu assurer les résultats vitaux en trente minutes, sans que la patientèle ne s’en aperçoive. Voilà la robustesse en action. Dans les formations que je donne aux BTS bioanalyses, j’insiste sur ce point : la technique parfaite ne sert à rien si elle s’effondre au premier incident.

Que doit-on retenir des travaux d’Olivier Hamant ?

Si je devais résumer en un conseil : on arrête de vouloir un labo qui tourne toujours comme une horloge suisse, car aucune organisation humaine n’est une machine. On accepte que l’incertitude fait partie du métier, et on prépare des systèmes capables de “faire chanter les incohérences”, comme le dit si bien le chercheur. Dans les faits, cela signifie par exemple :

  • Multiplier les interlocuteurs chez les fournisseurs pour ne pas dépendre d’un seul commercial ;
  • Alterner les tâches répétitives entre techniciens pour maintenir une compétence collective large ;
  • Intégrer dans les protocoles des étapes de vérification doubles lors des pics d’activité, même si cela ralentit le flux.

Pour être précis, Olivier Hamant n’est pas un rejeton de la slow science. Il s’agit d’une véritable réinvention de notre rapport à l’erreur et à l’adaptation. Peut-être que certains le trouveront utopique. Mais moi, je pense que son approche correspond parfaitement aux enjeux des laboratoires d’analyses médicaux en 2026 : face à la pénurie de personnels, aux tensions d’approvisionnement et à la complexité croissante, miser sur la robustesse, c’est faire un choix pragmatique, pas idéologique.

Conclusion : une brèche vers demain

Je ne vais pas prétendre que tout labo peut se convertir du jour au lendemain. Mais en 2026, alors que les discussions sur la qualité et la fiabilité des soins sont au cœur du débat public, il est temps de poser sur la table la question : que valorisons-nous vraiment ? La performance à tout prix, ou la capacité à durer ? Olivier Hamant a le mérite d’avoir remis ce débat au centre. Et moi, de ma petite fenêtre de biologiste, je l’applaudis. Petit conseil en fin d’article : n’hésitez pas à organiser une réunion entre biologistes et techniciens pour réfléchir à la robustesse dans votre structure. Cela peut changer plus de choses qu’on ne le croit.

Partagez cet article

Mises à jour de la newsletter

Saisissez votre adresse e-mail ci-dessous et abonnez-vous à notre newsletter