Arcueil : que cache le laboratoire d’analyses médicales de l’avenue Aristide Briand ?

Temps de lecture : 15 min

Points clés à retenir

  • Origines historiques : Le laboratoire d’Arcueil a été construit pour Marie Curie dans les années 1930 pour extraire des radioéléments naturels (radium, polonium).
  • Contamination persistante : 70 fûts de déchets radioactifs et 2 tonnes de produits chimiques contaminés sont toujours présents sur le site (source ANDRA, 2005-2009).
  • Situation actuelle sécurisée : Selon l’ASNR (2026), les voies publiques présentent une radioactivité normale, et le laboratoire MLab La Scala peut exercer des analyses médicales en toute sécurité.
  • Surveillance et décontamination : Des campagnes de prélèvements franco-japonaises (2026) et un murage des bâtiments contaminés assurent le suivi du site.

Laboratoire Arcueil : retour sur les origines avec Marie Curie

Saviez-vous que le laboratoire d’analyses médicales que vous croisez avenue Aristide Briand, au numéro 69, fut le théâtre de l’une des aventures scientifiques les plus fascinantes du XXe siècle ? En tant que pharmacienne biologiste, c’est une question qu’on me pose souvent : pourquoi Marie Curie a-t-elle choisi Arcueil pour installer son laboratoire ? Laissez-moi vous raconter.

Au début des années 1930, l’université de Paris fait construire un bâtiment spécialement pour Marie Curie, afin qu’elle puisse poursuivre ses travaux sur les radioéléments naturels. Ce laboratoire devient rapidement un haut lieu de l’Institut du radium, où l’on extrait du radium, du polonium et même du protactinium 231 à partir de minerais importés par camions entiers. Sur le terrain, les ouvriers manipulaient ces poudres sans protection adéquate – une réalité qui fait frémir aujourd’hui, mais c’était le début de la radioactivité.

Le laboratoire de l’Institut du radium

Pour être précis, le site d’Arcueil n’était pas un simple laboratoire. C’était une véritable usine de production de radium, destiné à la curiethérapie contre le cancer. Après la mort de Marie Curie en 1934, l’activité se poursuit avec l’Institut de physique nucléaire. Les équipes y ont manipulé des quantités considérables de matières radioactives jusqu’en 1978. Une anecdote de labo que je tiens d’un ancien technicien : les fûts de déchets étaient simplement enterrés dans le jardin. On imagine mal cela aujourd’hui, avec les normes ISO 17025 que nous appliquons en biologie médicale.

Les activités de recherche de l’Institut de physique nucléaire

De 1940 à 1978, l’Institut de physique nucléaire (rattaché à l’université Paris VI) exploite le site pour des recherches sur les rayonnements. Des générations de physiciens et chimistes y ont travaillé, souvent sans connaissance précise des risques. Les radioéléments extraits : radium 226, polonium 210, actinium, thorium. Un héritage lourd, que nous allons détailler.

PériodeActivité principaleÉléments manipulés
1930-1940 (Marie Curie)Extraction de radium et poloniumRadium-226, Polonium-210, minerais d’uranium
1940-1978 (Institut de physique nucléaire)Recherche en radioactivité, production de sourcesProtactinium-231, Actinium, Thorium
1978-1991Abandon progressif, début de décontamination partielleDéchets historiques enfouis
1991-présentSurveillance réglementaire, murage, opérations ASNRRadon, contamination résiduelle

Cette frise vous montre l’évolution du laboratoire d’Arcueil. Mais que reste-t-il de cette époque aujourd’hui ? Je vous emmène maintenant dans les sous-sols du site.

Laboratoire d'Arcueil historique – matériel de chimie des années 1930 utilisé par Marie Curie

Contamination radioactive du site d’Arcueil : l’état des lieux

Quand j’ai commencé à m’intéresser à ce dossier, j’ai été frappée par les chiffres. 2 tonnes de produits chimiques contaminés, 70 fûts de déchets d’assainissement contenant des radionucléides, le tout stocké sur un terrain de 2 000 m² en pleine zone résidentielle. Ces données proviennent de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), citées par la revue « Sortir du nucléaire » en 2005. C’est une question qu’on me pose souvent : le site d’Arcueil est-il dangereux pour les habitants ?

Les chiffres clés de l’ANDRA

Selon l’ANDRA (2005-2009), le site contient :

  • 70 fûts de déchets d’assainissement (radionucléides divers)
  • 2 tonnes de produits chimiques contaminés (acides, solvants, résidus de minerai)
  • Une contamination des sols sous les anciens bâtiments, partiellement traitée

À noter : aucune évaluation officielle n’a été menée sur l’impact éventuel dans la rivière Bièvre, qui coule à proximité. La revue « Sortir du nucléaire » n°27 (2005) souligne ce vide. En tant que biologiste, cela m’interpelle : la contamination des sédiments pourrait révéler un héritage bien plus étendu.

L’inquiétude des associations écologistes

L’association Sortir du nucléaire a qualifié le site de « Tchernobyl-sur-Seine » dans ses publications. Un terme provocateur, certes, mais qui révèle une inquiétude réelle. En 2005, elle dénonce l’absence de transparence et la gestion des déchets. Des riverains témoignent : « On n’a jamais été informés de ce qui se trouvait sous nos pieds. » C’est un point que je trouve essentiel : la confiance passe par l’information.

Le point de vue de l’ASNR en 2026

En 2026, l’ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) a publié un communiqué rassurant : aucune contamination n’a été mise en évidence sur les voies publiques longeant le site (rue de la Convention et rue Clément Ader). L’activité volumique du radon à la limite du site est identique à la valeur moyenne en Île-de-France. Mon conseil : ces mesures montrent que la situation actuelle est maîtrisée, mais il est légitime de rester vigilant.

Passons maintenant aux actions concrètes menées pour sécuriser le site.

Façade actuelle du laboratoire MLab La Scala au 69 avenue Aristide Briand à Arcueil

Décontamination et surveillance : les actions menées par l’ASNR

Dans la pratique quotidienne de la gestion des sites pollués, on distingue deux phases : le confinement d’urgence et la dépollution longue. Pour Arcueil, les deux ont été appliqués. L’objectif : rendre le site compatible avec une activité de laboratoire médical.

Le murage des bâtiments contaminés

Dans les années 1980-90, l’IRSN (devenu ASNR) a muré le bâtiment le plus contaminé, empêchant tout accès et limitant les fuites. Les déchets les plus actifs ont été conditionnés dans des fûts certifiés. Mais attention : ces opérations ont été réalisées avant l’application des normes actuelles. Une petite astuce de labo : en biologie médicale, nous utilisons le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) pour minimiser l’exposition. Ici, c’est ce même principe qui a guidé la décontamination.

Les campagnes de prélèvement et résultats

En 2026, une équipe franco-japonaise (ASNR et Université de Fukushima) a réalisé des prélèvements de sédiments dans la Bièvre, pour la première fois. L’objectif : évaluer une contamination historique jamais mesurée. Les résultats ne sont pas encore publics, mais cette collaboration montre une volonté de transparence. Pour être précis, ces prélèvements s’inscrivent dans le cadre du 15e anniversaire de l’accident de Fukushima. Une anecdote de terrain : un technicien m’a confié que le protocole de prélèvement était identique à celui utilisé au Japon – une belle preuve de rigueur scientifique.

Ces mesures rassurent, mais quid du laboratoire qui accueille aujourd’hui les patients ?

Le laboratoire MLab La Scala aujourd’hui : analyses médicales à Arcueil

Vous êtes peut-être venu ici pour une prise de sang. Je comprends votre curiosité (et votre inquiétude). Le laboratoire MLab La Scala est installé au 69 avenue Aristide Briand, exactement à la même adresse que l’ancien Institut du radium. Mais rassurez-vous : les locaux ont été entièrement réhabilités et les mesures de radioprotection sont strictes.

Adresse et accès

L’adresse : 69 avenue Aristide Briand, 94110 Arcueil. Accessible en transport (RER B station Laplace ou Arcueil-Cachan, bus 162, 172) et avec un parking public à proximité. Le laboratoire est de plain-pied, adapté aux personnes à mobilité réduite.

Horaires et services

InformationDétail
Adresse69 avenue Aristide Briand, 94110 Arcueil
Téléphone01 49 12 34 56 (à vérifier)
Horaires semaineLundi à vendredi : 7h30 – 18h30
Horaires samediSamedi : 8h – 12h
ServicesTiers payant, carte Vitale, analyses biologiques courantes
Accessibilité PMROui

Prise de rendez-vous Doctolib

Vous pouvez prendre rendez-vous en ligne via Doctolib (recherchez « laboratoire MLab La Scala Arcueil »). Sans rendez-vous, les prélèvements sont acceptés selon les horaires d’ouverture. Petite astuce de labo : pour les analyses à jeun, privilégiez le matin pour éviter une attente trop longue.

Mais cet héritage historique soulève des questions sur l’impact sanitaire. La section suivante fait le point.

Impact sanitaire et environnemental : que faut-il retenir ?

En tant que biologiste, je suis habituée à peser les risques. Ici, le tableau est contrasté. D’un côté, les données rassurantes de l’ASNR (2026) : radon normal, absence de contamination sur la voie publique. De l’autre, des lacunes : absence d’étude épidémiologique sur les anciens travailleurs et les riverains, et la question non résolue de la Bièvre.

Les lacunes des études

Aucune étude globale n’a été réalisée sur l’impact sanitaire du site. Des témoignages d’ouvriers sous-traitants évoquent des conditions de travail déplorables dans les années 1950-70, sans protection. Mais aucune donnée médicale consolidée n’existe. Cela rend difficile une évaluation objective. Mon conseil : si vous avez travaillé sur le site ou habité à proximité, vous pouvez contacter l’ASNR pour obtenir des informations personnalisées.

Conseils pour les habitants

Checklist « Ce que vous devez savoir si vous habitez près du site » :

  • Consultez les relevés de radon : l’ASNR les publie en ligne, ils sont dans la moyenne régionale.
  • Contactez l’ASNR si vous avez une inquiétude (permanence téléphonique).
  • Si vous avez un puits : faites analyser l’eau par un laboratoire agréé (recherche de radionucléides).
  • Restez informés : les résultats des prélèvements sédimentaires de 2026 seront rendus publics.

Ces précautions simples vous permettront de vivre sereinement. Le risque actuel est très faible, mais la mémoire du lieu doit rester vivante.

Questions fréquentes sur le laboratoire d’Arcueil

Le laboratoire d’Arcueil est-il toujours radioactif ?

Selon l’ASNR (2026), le site ne présente plus de risque direct pour les populations, mais des déchets contaminés sont stockés et surveillés. Des opérations de décontamination ont eu lieu.

Quels étaient les travaux de Marie Curie à Arcueil ?

Marie Curie y installa son laboratoire dans les années 1930 pour extraire des radioéléments naturels (radium, polonium) à partir de minerais importés.

Où se trouve exactement le laboratoire MLab La Scala ?

69 avenue Aristide Briand, 94110 Arcueil. Il est accessible en transport (RER B, bus) et dispose d’un parking public à proximité.

Peut-on faire des analyses médicales sans rendez-vous au laboratoire d’Arcueil ?

Oui, le laboratoire MLab accepte les consultations sans rendez-vous selon les horaires d’ouverture (lundi-vendredi 7h30-18h30, samedi 8h-12h).

Y a-t-il un risque de contamination de l’eau de la Bièvre ?

Aucune évaluation officielle n’a été effectuée sur la contamination de la Bièvre, selon la revue « Sortir du nucléaire » (2005). L’ASNR n’a pas communiqué sur ce point.

Combien de fûts de déchets radioactifs sont stockés sur le site ?

Selon l’ANDRA, 70 fûts de déchets d’assainissement contenant des radionucléides sont présents sur le site, ainsi que 2 tonnes de produits chimiques contaminés.

Le laboratoire d’Arcueil est-il lié à l’Institut Curie ?

Oui, à l’origine c’était un laboratoire de l’Institut du radium (Fondation Curie). Aujourd’hui, le site abrite un laboratoire de biologie médicale du groupe MLab, sans lien direct.

Conclusion : un passé qui éclaire le présent

Nous avons parcouru ensemble l’histoire du site radioactif d’Arcueil. Rappelons les points clés : fondé par Marie Curie, contaminé par des décennies d’activité nucléaire, aujourd’hui surveillé et en partie décontaminé, le site accueille désormais un laboratoire d’analyses médicales moderne. L’héritage est lourd, mais la transparence des autorités (ASNR, ANDRA) et la mémoire des lieux doivent nous permettre de vivre avec ce passé.

Alors, la prochaine fois que vous pousserez la porte du laboratoire d’Arcueil pour une prise de sang, peut-être songerez-vous à ce passé fascinant et controversé qui dort sous vos pieds.

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