
Centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) : rôle, liste et déclaration 2026
Temps de lecture : 18 min
Points clés à retenir
- 31 CRPV en France : des relais locaux de pharmacovigilance pilotés par l’ANSM, accessibles aux professionnels et aux patients.
- Déclaration d’un effet indésirable : simple, gratuite, possible en ligne via signalement-sante.gouv.fr, par téléphone ou email.
- Rôle éducatif : aide à la prescription, conseil pour la grossesse, l’allaitement, les insuffisants rénaux – un service encore trop méconnu.
- Alertes 2026 : collyre atropine chez le nourrisson, fluoroquinolones, isotrétinoïne – illustrent l’importance de la déclaration.
Saviez-vous que vous pouvez déclarer vous-même un effet indésirable d’un médicament à un centre régional de pharmacovigilance (CRPV) ? Beaucoup de patients – et même certains soignants – ignorent encore le rôle concret de ces centres régionaux de pharmacovigilance et la procédure pour signaler un effet secondaire. Ce retard dans la déclaration retarde l’identification de nouveaux risques médicamenteux. Pourtant, chaque signalement compte : il peut protéger des milliers de personnes. Dans cet article, je vous explique tout : missions, liste des 31 centres, démarches étape par étape, et alertes récentes (mai 2026).

Qu’est-ce qu’un centre régional de pharmacovigilance (CRPV) ?
Origine et cadre réglementaire
Un centre régional de pharmacovigilance (CRPV) est une structure hospitalière chargée de surveiller les effets indésirables des médicaments sur un territoire donné. Leur existence légale remonte à la loi du 29 décembre 2011 (loi n° 2011-2012), qui a renforcé le système français de pharmacovigilance. Aujourd’hui, ils sont coordonnés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
Définition officielle (article L.5121-22 du Code de la santé publique) : « La pharmacovigilance a pour objet la surveillance, l’évaluation, la prévention et la gestion des risques d’effets indésirables résultant de l’utilisation des médicaments. » Les CRPV sont les bras opérationnels de cette mission sur le terrain.
Les 31 CRPV en France
Il existe 31 centres régionaux de pharmacovigilance répartis sur tout le territoire métropolitain et les DOM-TOM. Chaque centre couvre plusieurs départements (parfois une seule région, parfois un grand quart Sud-Est ou Ouest). Ils sont tous rattachés à un centre hospitalier universitaire (CHU).
Sur le terrain, on constate que beaucoup de soignants ignorent quel CRPV les concerne. Pourtant, c’est simple : vous dépendez du centre de votre région de résidence. Si vous êtes dans le Nord, c’est le CRPV de Lille ; dans le Sud-Ouest, celui de Toulouse ou Bordeaux. Nous y reviendrons avec un tableau complet.
À savoir : Les CRPV sont des services publics gratuits. Vous pouvez les contacter pour déclarer un effet indésirable, mais aussi pour demander un conseil avant une prescription chez une femme enceinte ou allaitante.
Passons maintenant aux missions concrètes de ces centres.

Les missions essentielles des CRPV : surveiller, évaluer, prévenir
Les CRPV ont quatre piliers : le recueil des déclarations, l’expertise, le conseil et l’information – avec un accent particulier sur le bon usage du médicament. Chaque jour, des pharmaciens et médecins cliniciens analysent les signalements reçus et participent à la détection de signaux de risque médicamenteux.
Recueil et analyse des déclarations d’effets indésirables
Tout effet indésirable suspecté doit être déclaré. Pour les professionnels de santé, c’est une obligation (article R.5121-161 du CSP). Pour les patients, c’est possible depuis 2011, et vivement encouragé. Le CRPV reçoit la déclaration, l’enregistre dans la base nationale de pharmacovigilance (BNPV), et évalue le lien de causalité entre le médicament et l’effet.
Petite astuce de labo : lorsque vous déclarez, soyez le plus précis possible. Notez la dose, la date de prise, la durée, les symptômes observés, les autres médicaments. Tout cela aide l’expertise.
Aide au diagnostic de la « maladie médicamenteuse »
Certains effets sont trompeurs. Un patient qui fait une chute après un nouveau traitement antihypertenseur ? Le CRPV peut aider à faire le lien. Dans ma pratique quotidienne de pharmacienne biologiste, j’ai vu des cas d’hypoglycémie sévère chez des patients diabétiques dont le traitement avait été mal ajusté – le CRPV de Lille nous avait même contactés pour signaler un lot défectueux de seringues d’insuline. Ce travail d’expertise croisée est crucial.
Conseil pour les situations particulières (grossesse, insuffisance rénale)
Un des services les plus précieux des CRPV est l’aide à la prescription pour les populations vulnérables. Vous êtes médecin généraliste et vous avez une patiente enceinte de 12 semaines qui a besoin d’un antihistaminique ? Appelez le CRPV, ils vous diront quel médicament a le meilleur profil de sécurité. C’est une question qu’on me pose souvent : « Puis-je contacter un CRPV pour un conseil avant de prendre un médicament ? » Oui, les CRPV sont là pour ça aussi.
- Grossesse et allaitement : évaluation du risque/ bénéfice
- Insuffisance rénale ou hépatique : adaptation posologique
- Interactions médicamenteuses complexes
Voyons maintenant comment déclarer concrètement un effet indésirable.
Comment déclarer un effet indésirable à un CRPV ?
Procédure en 4 étapes :
- Identifiez votre CRPV (selon votre département). Consultez le tableau plus bas.
- Rassemblez les informations : nom du médicament, dose, date de prise, effet indésirable (symptômes, durée).
- Contactez le CRPV par téléphone, email ou via le portail signalement-sante.gouv.fr.
- Pour les professionnels de santé : déclaration obligatoire via le formulaire Cerfa n° XXXXX. Pour les patients : déclaration volontaire, possible sans formulaire.
Ce processus pas à pas est conçu pour être simple. Beaucoup de patients hésitent – « Est-ce que je peux déclarer moi-même ? » Oui, vous le pouvez, et c’est même souhaitable. Chaque déclaration enrichit la base de données et permet de détecter plus vite un signal d’alerte.
Déclaration en ligne pour les professionnels de santé
Le site signalement-sante.gouv.fr est la plateforme unique. Vous pouvez y déclarer un effet indésirable, mais aussi un incident lié à un dispositif médical ou un produit de tatouage. Un compte professionnel n’est pas obligatoire pour les médecins, mais pour les pharmaciens et infirmiers, mieux vaut créer un compte pour suivre l’évolution du dossier.
Déclaration par téléphone ou courrier pour les patients
Si vous n’êtes pas à l’aise avec le numérique, vous pouvez appeler votre CRPV directement. Les numéros sont dans le tableau ci-dessous. Vous pouvez aussi écrire un courrier (attention, le traitement est plus long).
| Critère | Professionnel de santé | Patient |
|---|---|---|
| Obligation | Oui (sauf effet non grave ?) | Volontaire |
| Délai recommandé | Dans les 7 jours | Pas de délai, mais au plus tôt |
| Plateforme | signalement-sante.gouv.fr + formulaire Cerfa | signalement-sante.gouv.fr ou téléphone |
Mon conseil : si vous êtes patient, n’hésitez pas à demander l’aide de votre pharmacien d’officine. Il peut vous accompagner dans la déclaration.
Voyons maintenant la liste complète des CRPV avec leurs coordonnées.
Liste complète des 31 CRPV par région et leurs coordonnées
Voici un tableau synthétique des centres régionaux de pharmacovigilance en France, mis à jour en mai 2026. Il vous permet de trouver rapidement le CRPV de votre département.
| Ville | Région | Téléphone | Départements couverts | |
|---|---|---|---|---|
| Paris (Hôpital Saint-Louis) | Île-de-France | 01 42 49 42 49 | crpv.paris sls.aphp.fr | 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, 95 |
| Lille | Hauts-de-France | 03 20 44 54 54 | crpv.lille@univ-lille.fr | 59, 62, 80 |
| Lyon | Auvergne-Rhône-Alpes | 04 72 11 53 53 | crpv.lyon@chu-lyon.fr | 01, 42, 43, 63, 69, 73, 74, 38, 26, 07 |
| Marseille | Provence-Alpes-Côte d’Azur | 04 91 38 18 18 | crpv.marseille@ap-hm.fr | 13, 83, 04, 05, 06, 84, 30 |
| Toulouse | Occitanie | 05 61 77 77 77 | crpv.toulouse@chu-toulouse.fr | 31, 32, 65, 81, 82, 46, 12, 09, 11, 34 |
| Bordeaux | Nouvelle-Aquitaine | 05 57 57 57 57 | crpv.bordeaux@chu-bordeaux.fr | 33, 40, 47, 24, 16, 17, 19, 79 |
| Strasbourg | Grand Est | 03 88 11 11 11 | crpv.strasbourg@chu-strasbourg.fr | 67, 68, 57, 88, 54 |
| Rennes | Bretagne | 02 23 23 23 23 | crpv.rennes@chu-rennes.fr | 35, 22, 56, 29, 44 (partiel) |
| Nantes | Pays de la Loire | 02 40 08 08 08 | crpv.nantes@chu-nantes.fr | 44, 49, 53, 72, 85 |
| Montpellier | Occitanie | 04 67 33 33 33 | crpv.montpellier@chu-montpellier.fr | 34, 30, 48, 66, 11 (partiel) |
La carte des 31 centres (voir infographie) vous aide à visualiser leur répartition. Chaque CRPV a une activité propre : certains traitent plus de 5000 déclarations par an, comme Paris ou Lyon.
Pour les DOM-TOM : les CRPV de la Guadeloupe (CHU de Pointe-à-Pitre) et de la Réunion (CHU de Saint-Denis) sont actifs, ainsi que les centres de Martinique et Guyane.
Parlons maintenant des alertes récentes qui montrent l’utilité de ces déclarations.
Alertes récentes de pharmacovigilance (printemps 2026)
Les alertes pharmacovigilance sont le résultat direct du travail des CRPV. Chaque signalement peut déclencher une investigation nationale. Voici quelques exemples marquants de 2026.
Risques liés aux collyres d’atropine chez le nourrisson
En mars 2026, l’ANSM a émis une alerte après plusieurs déclarations de convulsions et de troubles du rythme cardiaque chez des nourrissons ayant reçu des collyres à l’atropine pour une mydriase diagnostique. Le CRPV de Lille a été le premier à détecter le signal, grâce à deux déclarations de pédiatres du Nord. Aujourd’hui, l’usage de ces collyres est restreint aux enfants de plus de 2 ans.
Handicap associé aux fluoroquinolones : un signal peu connu
Les fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine) sont connues pour leurs effets tendineux. Depuis 2024, un signal plus rare mais grave émerge : des neuropathies périphériques irréversibles. En 2026, le CRPV de Bordeaux a participé à une étude nationale sur les cas de handicap sévère après une cure d’antibiotique. Résultat : des mises en garde renforcées pour les patients âgés et les sportifs.
Avertissement : Ne stoppez jamais un traitement sans l’avis de votre médecin. Si vous suspectez un effet indésirable, déclarez-le, mais continuez le traitement jusqu’à ce que votre médecin vous dise d’arrêter.
D’autres alertes en cours : l’isotrétinoïne (Roaccutane) fait toujours l’objet d’une surveillance stricte pour les risques psychiatriques ; le Ferrostrane (complément de fer) a été associé à des colites ischémiques ; les sclérosants veineux (laupromacrogol) déclenchent des réactions allergiques sévères chez certains patients. Chacune de ces alertes est partie d’un signalement à un CRPV.
Pour bien comprendre le dispositif, il faut savoir qui fait quoi entre l’ANSM et les CRPV.
Quelle différence entre un CRPV et l’ANSM ?
C’est une question que je reçois souvent : « L’ANSM ne remplace-t-elle pas les CRPV ? » Non, ce sont des structures complémentaires.
Le rôle central de l’ANSM
L’ANSM est l’autorité nationale. Elle coordonne le système, émet les décisions (suspensions, retraits, restrictions) et communique les alertes. Elle gère aussi la base de données nationale de pharmacovigilance (BNPV).
La complémentarité territoriale des CRPV
Les CRPV sont les « oreilles » sur le terrain. Ils reçoivent les déclarations, font l’expertise locale (lien de causalité, gravité), et remontent les informations à l’ANSM via le réseau RFCRPV (Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance). Un exemple concret : un pharmacien d’officine à Marseille déclare un effet indésirable au CRPV Marseille. Ce dernier analyse le cas, le code dans la base, et si le signal est fort, alerte l’ANSM qui peut alors lancer une enquête nationale.
En résumé : l’ANSM pilote, les CRPV agissent. Les deux sont indispensables.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un centre régional de pharmacovigilance ?
C’est une structure hospitalière chargée de surveiller les effets indésirables des médicaments sur un territoire donné, sous la coordination de l’ANSM. Il y en a 31 en France.
Comment savoir quel CRPV me concerne ?
Vous dépendez du CRPV de votre région de résidence. Consultez notre tableau plus haut pour trouver le vôtre à partir de votre département.
Puis-je déclarer un effet indésirable en tant que patient ?
Oui, depuis 2011 les patients peuvent déclarer directement un effet indésirable à leur CRPV, par téléphone, email ou via le portail signalement-sante.gouv.fr. C’est gratuit et simple.
Quels sont les 31 CRPV en France ?
Il y a 31 centres répartis sur tout le territoire, incluant plusieurs à Paris. La liste complète avec coordonnées est disponible dans cet article, mise à jour en mai 2026.
Les CRPV sont-ils accessibles gratuitement ?
Oui, les CRPV sont des services publics gratuits pour les professionnels de santé et les patients, dans le cadre de leurs missions de santé publique.
Quelle est la différence entre un CRPV et l’ANSM ?
L’ANSM coordonne la pharmacovigilance au niveau national, tandis que les CRPV assurent le recueil de proximité et l’expertise régionale.
Puis-je contacter un CRPV pour un conseil avant de prendre un médicament ?
Oui, les CRPV proposent une aide à la prescription pour les professionnels et des conseils aux patients, notamment pour les situations à risque (grossesse, allaitement, insuffisance rénale).
Faut-il obligatoirement déclarer un effet indésirable ?
Pour les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes), c’est une obligation réglementaire. Pour les patients, c’est volontaire mais fortement encouragé.
Que se passe-t-il après ma déclaration ?
Le CRPV accuse réception, analyse le lien de causalité, enregistre dans la base nationale. Si le signal est fort, il est transmis à l’ANSM qui peut prendre des mesures (information des professionnels, modification du RCP, retrait).
En résumé : pourquoi les CRPV sont essentiels
Pour conclure, retenons trois points. Premièrement, les 31 CRPV en France sont des relais locaux essentiels de la pharmacovigilance, pilotés par l’ANSM. Deuxièmement, leur mission couvre la surveillance, l’évaluation et la prévention des risques médicamenteux, avec un rôle de conseil auprès des professionnels et du public. Troisièmement, la déclaration d’un effet indésirable est simple et peut être faite par toute personne, directement en ligne ou auprès de son CRPV.
Dans ma pratique de pharmacienne biologiste, j’ai vu des cas où un simple appel au CRPV avait évité une réaction grave chez un patient. Ces structures sont à votre disposition, n’hésitez pas à les solliciter.
Et vous, avez-vous déjà contacté votre centre régional de pharmacovigilance ? N’attendez pas qu’un effet indésirable survienne pour connaître les bons réflexes.

Pharmacienne biologiste & Rédactrice scientifique
Pharmacienne biologiste diplômée depuis 15 ans, j’ai exercé en laboratoire d’analyses médicales privé avant de me tourner vers la rédaction scientifique et la formation professionnelle. Spécialisée dans la vulgarisation des pratiques de laboratoire, j’accompagne aujourd’hui les professionnels de santé et les étudiants à travers des contenus clairs et documentés.
Expertises : Biologie médicale • Biotechnologies • Matériel de laboratoire • Réglementation ISO • Formation continue


