Polluants éternels : le défi des laboratoires face aux PFAS en 2026

Temps de lecture : 10 min

Points clés à retenir

  • Avancée technique majeure : le Laboratoire national de métrologie (LNE) à Paris développe des méthodes de référence pour doser les PFAS, le cadmium et les pesticides dans l’eau, l’air et les aliments, avec une précision inégalée.
  • Investissements privés : le laboratoire Girpa, dans le Maine-et-Loire, a modernisé ses installations pour 2 millions d’euros, répondant à la demande croissante de ses 400 clients mondiaux.
  • Urgence sanitaire et judiciaire : en mai 2026, des associations et riverains attaquent l’État pour inaction face à la pollution aux PFAS, tandis que le plan d’action gouvernemental prévoit des mesures renforcées sur les sites industriels.

La métrologie au service de la traque aux polluants éternels

Depuis quelques années, on entend beaucoup parler des PFAS, ces fameux « polluants éternels ». Sur le terrain, je constate que la demande d’analyses explose. Les laboratoires publics et privés se mobilisent pour répondre à l’urgence sanitaire. Prenons l’exemple du Laboratoire national de métrologie (LNE), à Paris. Perché dans un immeuble néoclassique, des chimistes manipulent des fioles de PFOA – une des substances les plus préoccupantes – pour mettre au point des méthodes de référence. C’est un travail de fourmi, mais indispensable pour garantir que les mesures faites ailleurs soient fiables et comparables.

Girpa : un laboratoire privé en première ligne

À Beaucouzé, dans le Maine-et-Loire, le laboratoire Girpa (filiale du groupe Neoviz) vient d’investir 2 millions d’euros pour moderniser ses installations. C’est une question qu’on me pose souvent : « Comment les laboratoires suivent-ils la multiplication des contaminants ? ». La réponse tient en quelques mots : automatisation et spectrométrie de masse. Girpa analyse désormais plus de 400 échantillons par jour pour des clients du monde entier, allant de l’eau potable aux denrées alimentaires, en passant par les sols. Petite astuce de labo : pour les PFAS, la préparation d’échantillon est cruciale. Un simple changement de tube en plastique peut fausser les résultats. C’est ce qu’on ne vous dit pas en formation : il faut souvent utiliser du verre ou du polypropylène spécifique pour éviter les contaminations croisées.

Les nouveaux défis : cadmium, pesticides et autres métaux lourds

Les PFAS ne sont pas seuls. Le cadmium, ce métal lourd très présent dans l’alimentation (céréales, fruits de mer), inquiète également. Dans la pratique quotidienne, on reçoit de plus en plus de demandes d’analyses combinées : « PFAS + cadmium + pesticides dans un même échantillon ». C’est un défi technique car chaque famille de polluants nécessite des méthodes d’extraction différentes. Mon conseil : pour les laboratoires qui souhaitent se lancer, investissez dans un système d’extraction en phase solide automatisé. Il permet de traiter simultanément six colonnes différentes, chacune adaptée à un type de molécule. Attention à ne pas sous-estimer le temps de qualification : compter au moins six mois entre l’achat de l’équipement et les premiers résultats validés.

L’action citoyenne et la réponse de l’État

En mai 2026, des associations environnementales et six citoyens ont déposé une plainte contre l’État français pour « inaction face à la pollution aux PFAS ». C’est un tournant. Les plaignants pointent du doigt les rejets industriels, les stations d’épuration et les incinérateurs. L’État a déjà lancé un plan d’action en 2024 (aujourd’hui déployé), qui impose des mesures régulières de PFAS à la sortie des sites sensibles. Pour être précis, ce plan a dopé l’activité des laboratoires. J’ai vu des confrères doubler leurs effectifs en un an. Mais la pression est forte : les délais de rendu sont souvent serrés (72 heures pour certaines matrices), et la validation des résultats demande une rigueur de tous les instants, sous ISO 17025.

L’enquête dans la vallée de la chimie : une approche intégrée

Dans la vallée de la chimie, une étude d’envergure a été lancée. Elle vise à corréler les niveaux d’exposition aux PFAS avec des biomarqueurs biologiques (lipides, enzymes hépatiques, etc.). Le biologiste Karim Chikh supervise ce projet. Sur le terrain, les échantillons sanguins et urinaires arrivent par un système de tubes pneumatiques dans un laboratoire ultramoderne, équipé de tapis roulants et d’automates de tri. C’est un exemple parfait de ce que la biologie médicale peut apporter à la santé environnementale. Mais attention à ne pas confondre : doser des PFAS dans le sang relève de la chimie analytique, pas de la biochimie classique. Les techniques sont voisines (HPLC-MS/MS), mais les critères de qualité diffèrent. J’encourage les jeunes techniciens à se former à ces méthodes : c’est un secteur en plein essor.

Conseils pratiques pour les laboratoires

Fort de mon expérience en laboratoire privé, je voudrais partager quelques repères pour ceux qui envisagent de développer ces analyses :

  • Prioriser la formation continue. Les techniques évoluent vite (nouveaux seuils réglementaires, nouvelles matrices). Il faut envoyer les techniciens en stage au moins une fois par an.
  • Investir dans un système de gestion des échantillons (LIMS). Avec le flux de données, le papier n’est plus possible. Un bon LIMS automatisé évite les erreurs de transcription et facilite la traçabilité.
  • Anticiper les contrôles inter-laboratoires. Les organismes d’accréditation exigent des tests d’aptitude réguliers. Inscrivez-vous à des programmes dédiés (ex. BIPEA) pour valider vos résultats.
  • Soigner la gestion des réactifs. Les solvants pour analyses de PFAS doivent être d’une pureté extrême (LC-MS grade). Un lot défectueux peut ruiner une semaine de travail.

Les perspectives pour les professionnels

Le métier évolue. Les laboratoires ne se contentent plus de produire des résultats ; ils doivent aussi conseiller leurs clients (industriels, collectivités, particuliers) sur la signification des seuils et les actions à mener. Dans ma formation pour les BTS bioanalyses, je vois arriver des jeunes très demandeurs de modules sur la qualité de l’eau et les polluants émergents. C’est une excellente nouvelle. Le plan d’action gouvernemental pour les PFAS, combiné à la pression citoyenne, va continuer de tirer le marché. Les salaires dans ce secteur restent corrects (entre 28 et 35 k€ brut pour un technicien confirmé, selon les régions), mais les conditions de travail s’améliorent grâce à l’automatisation. En résumé : si vous aimez la chimie analytique et que vous voulez avoir un impact direct sur la santé publique, les laboratoires environnementaux vous tendent les bras.

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