Thermochimie : Reduciner transforme le CO2 en carburant et lève 3,6 M€

Temps de lecture : 5 min

Points clés à retenir

  • Principe innovant : le procédé Reduciner utilise une électrification de la combustion pour convertir du CO2 biogénique en monoxyde de carbone (CO), matière première pour carburants et produits chimiques.
  • Levier financier : une levée de fonds de 3,6 millions d’euros permet d’industrialiser la technologie et de construire un pilote en Finlande.
  • Impact décarbonation : valoriser les émissions biogéniques (usines de biocarburants, sucreries, stations d’épuration) réduit la dépendance aux énergies fossiles et lutte contre le changement climatique.

Contexte : pourquoi le CO2 biogénique est une ressource sous-exploitée ?

Dans mon laboratoire, j’ai vu passer des tonnes d’échantillons de gaz, d’effluents industriels. Mais ce qui m’a toujours frappé, c’est le potentiel gaspillé. Aujourd’hui, on fabrique de l’éthanol, du sucre, du papier… et les fumées chargées de CO2 biogénique partent dans l’atmosphère. Le CO2 d’origine biologique – issu de la fermentation, de la combustion de biomasse, des épurateurs de biogaz – contient pourtant une énergie renouvelable dormante.

Capturer ce CO2 pour le valoriser, c’est l’ambition de plusieurs start-up soutenues par InnoEnergy. Parmi elles, la finlandaise Reduciner vient de lever 3,6 millions d’euros. Une levée qui, selon les sources, sera utilisée pour « prouver la robustesse de notre technologie à l’échelle pilote et démarrer les premiers contrats », explique leur CEO. Nous sommes en mai 2026, et le sujet brûle véritablement.

Comment fonctionne le procédé thermochimique de Reduciner ?

C’est une question qu’on me pose souvent : « Quelle est la différence avec les électrolyseurs classiques ? » La réponse tient dans le procédé thermochimique à haute température. Là où on voit habituellement des électrolyseurs à basse température (60-80 °C) pour fendre la molécule d’eau, Reduciner chauffe le CO2 biogénique à plusieurs centaines de degrés.

Sur le terrain, on constate que beaucoup d’industries rejettent déjà de la chaleur fatale entre 200 et 600 °C. Au lieu de la perdre, la start-up utilise cette énergie pour activer la réaction. Concrètement, la technologie repose sur une électrolyse thermochimique du CO2 : le gaz, mélangé à de la vapeur d’eau, passe dans un réacteur à haute température. Sous l’effet d’un courant électrique renouvelable (éolien, hydraulique, solaire), il se transforme en monoxyde de carbone (CO).

Petite astuce de labo : si vous observez la réaction de Boudouard (équilibre CO2 + C ↔ 2 CO), vous verrez qu’elle produit du CO mais à des températures très élevées (>700 °C). Reduciner parvient à l’abaisser sous les 600 °C grâce à un catalyseur propriétaire et à une électrification finement contrôlée. C’est ce qui rend le procédé économiquement viable à l’échelle pilote.

Applications concrètes : du CO au kérosène ou au méthanol

Une fois qu’on a ce monoxyde de carbone, on peut le combiner avec de l’hydrogène (issue d’électrolyse de l’eau, là encore renouvelable) selon la synthèse Fischer-Tropsch, un procédé de synthèse de la chimie de base. Résultat : des carburants synthétiques (e-kérosène, e-diesel) ou des intermédiaires chimiques comme le méthanol, le butène… tout ce qu’un chimiste organique rêve de fabriquer.

Pour être précis, le véritable défi du captage et de la valorisation du CO2 n’est pas seulement technologique : il est économique. Jusqu’à présent, le gaz carbonique était une nuisance, un déchet coûteux à éliminer. Le transformer en valeur ajoutée fait grimper la rentabilité. Selon les données du projet porté par InnoEnergy, deux start-up européennes – Reduciner et une autre – ambitionnent de développer la filière CO2-to-e-méthanol en France et en Finlande. L’objectif : produire un e-méthanol qui puisse concurrencer les carburants fossiles sans subvention.

Où en est le projet aujourd’hui ? (mai 2026)

J’ai eu l’occasion de consulter les rapports techniques de Reduciner pour un article de formation. Le prototype de laboratoire a déjà démontré un rendement de conversion de 85 %. L’entreprise prévoit maintenant un pilote de 100 kWe sur un site de valorisation énergétique de biomasse à Kuopio (Finlande). Le pilote servira à valider les données techniques avec des gaz industriels réels – avec leurs impuretés, leur variabilité – pour préparer un démonstrateur de 5 MWe d’ici fin 2027.

Ce qu’il faut y voir : la levée de fonds de 3,6 millions d’euros (en incluant le soutien d’InnoEnergy) servira aussi à bancariser des brevets et à industrialiser le stack d’électrolyse thermochimique, conçu en collaboration avec des partenaires ingénieurs. Le Pas-de-Calais ou la région Auvergne-Rhône-Alpes pourraient être les prochains sites d’implantation en France, car la région Nord est très demandeuse en chaleur fatale et en biogaz.

Comparaison avec une autre technologie : Entent (récupération de chaleur fatale basse température)

Pour avoir une vision d’ensemble, il faut regarder aussi Entent, une start-up française. Son procédé permet de transformer des rejets thermiques de 60 à 150 °C en électricité directe, sans phase de gazéification. Attention à ne pas les confondre : chez Reduciner, on exploite la chaleur pour utiliser chimiquement le CO2. Chez Entent, la chaleur elle-même devient électricité via un module thermoélectrique à base de matériaux semiconducteurs. Deux usages complémentaires, une seule ambition : décarboner l’industrie.

Dans la pratique quotidienne, les laboratoires d’analyses en environnement surveillent déjà les taux de CO2 biogénique. Peut-être un jour facturerons-nous son dosage comme un indicateur de performance ? C’est une tendance qui s’accélère.

Mon conseil pour les techniciens et étudiants en BTS bioanalyses

Ce secteur recrute : les entreprises qui conçoivent les réacteurs et les systèmes de captage ont besoin de techniciens spécialisés en thermochimie, en analyse de gaz, en contrôle industriel. Si vous êtes en formation, je vous encourage vivement à vous intéresser aux bases de la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) pour doser le CO, CO2, CH4. Ce sont des compétences terrain très recherchées.

Et une dernière astuce : gardez un œil sur les appels à projets de la BPI (banque publique d’investissement française) et sur les clusters de la chimie verte. Les subventions pour l’innovation de rupture dans la thermochimie sont encore nombreuses. Les débouchés sont réels, tout comme les enjeux climatiques.

Conclusion sur la thermochimie et le CO2 biogénique en 2026

L’innovation de Reduciner illustre parfaitement la vague « carbone réactif » qui gagne l’Europe. Plutôt que de stocker le CO2 (capture and storage, couteux), on le transforme en ressource. D’ici 2030, si les coûts baissent comme prévu (objectif : moins de 100 € par tonne de CO2 évité), plusieurs industries pourraient s’équiper. Les bio raffineries, les cimenteries, les papeteries… toutes celles qui dégagent ce fameux CO2 biologique.

En laboratoire, nous l’avons toujours su : chaque atome compte. Reduciner nous rappelle que la chimie, quand elle est bien réglée, fait des merveilles avec ce que la nature lui offre. Sauf qu’ici, le Naturel est un déchet industriel, et le résultat, un carburant durable. Voilà un bel exemple de chimie au service de la transition écologique.

Et vous, cette technologie vous paraît-elle viable ? N’hésitez pas à partager vos impressions dans les commentaires. Mon conseil : suivez de près l’actualité d’InnoEnergy et de Kuopio — la Finlande est en train de redevenir un laboratoire ouvert sur le monde.

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