Hantavirus : vers une épidémie ? Les scénarios du Pr. Flahault

Temps de lecture : 5 min

Points clés à retenir

  • Transmission interhumaine : seul le virus des Andes se transmet d’homme à homme, avec un R0 de 2,2 avant mesures de contrôle.
  • Cluster maritime inédit : trois décès sur un navire de croisière en mai 2026, des passagers rapatriés isolés 6 semaines.
  • Risque pandémique faible : l’OMS et le Pr. Flahault jugent la menace gérable, mais la détection rapide reste cruciale.

De quoi parle-t-on exactement ? Un virus des rongeurs devenu transmettable entre humains

Sur le terrain, on constate que le grand public confond souvent hantavirus et coronavirus. Pourtant, les deux familles n’ont rien à voir. Les hantavirus sont des virus à ARN enveloppés, habituellement transmis par les rongeurs (rats, campagnols). La souche qui inquiète aujourd’hui, le virus des Andes (ANDV), est une exception dangereuse : c’est le seul hantavirus connu pour passer d’une personne à une autre.

Pour être précis, le virus des Andes provoque le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), une maladie respiratoire sévère. La létalité est très élevée : selon les données récentes, environ 30 à 40 % des cas hospitalisés décèdent. C’est une question qu’on me pose souvent : pourquoi est-il si mortel ? Parce qu’il déclenche une réponse inflammatoire explosive au niveau des poumons, menant à une œdème pulmonaire en quelques heures. Dans la pratique quotidienne, cela signifie qu’un diagnostic rapide est crucial — chaque minute compte.

Le cluster du navire de croisière : un signal d’alarme ?

Au début du mois de mai 2026, un foyer de virus des Andes a été identifié à bord du navire MV Hondius, une croisière en terre de feu. Trois personnes sont décédées. Le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de Genève, a qualifié la situation d’« inédite et inquiétante avec beaucoup d’inconnues ». Les deux membres d’un couple auraient été infectés en fouillant un abri de rongeurs, puis la transmission interhumaine aurait eu lieu à bord. Mon conseil : ne sous-estimez jamais la capacité d’un virus à sauter les espèces.

Les autorités sanitaires ont procédé au rapatriement de trois cas suspects vers l’Europe. Les passagers du navire ont été isolés, selon le Pr. Flahault, pour une période de six semaines. C’est la durée maximale d’incubation du virus des Andes (1 à 7 semaines). Attention à ne pas tirer de conclusions hâtives : l’OMS se veut rassurante sur le risque de pandémie, car la transmission interhumaine reste inefficace par rapport à un virus respiratoire classique.

  • Incubation : 1 à 7 semaines, en moyenne 2 à 4.
  • Transmission : aérosols de rongeurs (urine, crottes, salive) ; interhumaine uniquement pour ANDV.
  • Symptômes : fièvre, courbatures, puis détresse respiratoire aiguë.
  • Diagnostic : PCR sur prélèvement respiratoire ou sérologie.

Les scénarios possibles selon le Pr. Flahault

Le Pr. Flahault a détaillé trois scénarios dans le journal Le Monde. Le premier : confinement du cluster à bord et des cas contacts, avec une quarantaine efficace. C’est le plus probable. Le second : quelques cas secondaires épars dans les populations visitées par le navire, mais contrôlés par la surveillance. Le troisième, le plus pessimiste : une propagation soutenue si le virus mute ou si les mesures sont levées trop tôt. Il rappelle que la dernière épidémie documentée dans le *New England Journal of Medicine* (2020) montrait un taux de reproduction de base (R0) de 2,2 avant toute intervention, ce qui est comparable à la grippe saisonnière. Mais avec une létalité bien supérieure.

Ce que les laboratoires doivent savoir : détection et bonnes pratiques

Petite astuce de labo : si vous recevez un prélèvement respiratoire d’un patient avec une histoire de voyage en zone d’endémie (Amérique du Sud, notamment Patagonie) et un tableau de détresse respiratoire, pensez hantavirus. Le diagnostic se fait par RT-PCR sur le liquide de lavage broncho-alvéolaire ou le sang. Toute manipulation doit être réalisée sous enceinte de sécurité microbiologique (PSM) de type II au minimum, car le virus est hautement infectieux par aérosol. C’est une question qu’on me pose souvent : peut-on sécuriser le transport ? Oui, avec un triple emballage homologué UN 2814.

Sur le terrain, on constate que les techniciens oublient parfois de décontaminer les surfaces après manipulation. Attention à cela : l’hantavirus peut survivre plusieurs jours dans un environnement sec. L’utilisation de dérivés chlorés (eau de Javel 1 :5) ou de détergents alcalins est efficace. Pour les laboratoires non-spécialisés, l’envoi de l’échantillon au Centre National de Référence (CNR) est impératif.

Prévention et risques au quotidien : comment se protéger ?

Pas de panique pour autant. L’épidémiologiste Antoine Flahault le répète : « C’est totalement gérable ». Les mesures de base sont simples : éviter le contact avec les rongeurs et leurs excréments. Si vous êtes en randonnée dans une région à risque, ne fouillez pas les cabanes abandonnées ou les abris. En cas de nettoyage de lieux infestés de rongeurs, portez un masque FFP2 et des gants, et humidifiez les déjections avant de les nettoyer pour éviter les poussières. Mon conseil : aérez bien les pièces fermées qui ont pu être fréquentées par des rongeurs avant de les utiliser.

Dans la pratique quotidienne, ce sont souvent les zones de stockage (greniers, garages) qui posent problème. Attention à ne pas balayer à sec : l’aspiration génère des aérosols. Utilisez plutôt un chiffon humide.

Retour d’expérience : ce que j’ai vécu en laboratoire face à des virus émergents

Je me souviens d’une nuit de garde au labo Biofutur, il y a quelques années, où nous avons reçu un prélèvement d’un patient suspect de fièvre hémorragique. Le stress monte vite, mais grâce aux protocoles ISO 17025 et à la formation continue, l’équipe a géré comme un chef. Ce que j’ai appris : la communication entre cliniciens et labo est primordiale. Un simple coup de fil pour prévenir de l’arrivée d’un échantillon suspect peut sauver du temps et des vies.

Je forme régulièrement des techniciens de BTS Bioanalyses sur ces aspects. Ils me disent souvent : « On n’apprend jamais assez sur les agents classifiés ». Alors oui, il faut bien connaître les fiches de sécurité et les niveaux de biosécurité (BSL). Le virus des Andes est classé BSL-4 si la transmission interhumaine est suspectée, mais en pratique, un confinement BSL-3 suffit pour les diagnostics de routine dans les pays développés.

Vers une épidémie mondiale ? La réponse des autorités

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a déjà activé des protocoles de surveillance renforcée. Le Pr. Flahault tempère : « Il y a plusieurs scénarios possibles et on ne peut pas encore savoir lequel va se concrétiser. » L’OMS insiste sur le fait que le risque de pandémie mondiale reste très faible par rapport à la grippe ou au Covid-19. Pourquoi ? Parce que le virus des Andes se transmet mal entre humains : il nécessite un contact proche et prolongé, et ne se propage pas via la toux ou l’éternuement comme un virus respiratoire classique. Mais la vigilance est de mise.

Ce qu’il faut retenir pour les professionnels de santé

En tant que biologiste, je vous conseille de passer en revue vos procédures de gestion des échantillons à risque. Vérifiez que vos PSM sont certifiés, que les protocoles d’urgence sont à jour, et que tout le personnel connaît les gestes de base. Un petit exercice pratique de préparation d’échantillon suspect peut révéler des lacunes.

En conclusion, l’histoire du virus des Andes sur ce navire de croisière nous rappelle que l’urbanisation, les voyages et le dérèglement écologique favorisent l’émergence de pathogènes. Mais, comme le dit le Pr. Flahault, « c’est totalement gérable ». Restons informés, formons nos équipes, et faisons confiance aux systèmes de surveillance.

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